Série de photographies contemporaines explorant le déséquilibre, la tension du corps et la perception de l’espace

Les Équilibres

Inconfortables

En quête d’espace, le corps s’invite dans des lieux où la matière résiste, où la liberté se heurte aux murs, aux textures, aux forces invisibles, aux horizons revisités. Cette série invite à la reflexion entre mouvement et contrainte, impulsion et l’obstacle. Chaque photographie saisit un instant de bascule, là où l’équilibre devient un acte de défi, une question de positionnement.

Dans des environnements bruts, instables, parfois hostiles, les corps dansent, s’élèvent, plient mais ne rompent pas. Ils incarnent cette tension universelle entre ancrage et évasion, entre gravité et légèreté. La boue, la farine, la pierre, l’eau : ces matières, habituellement inertes, deviennent ici des partenaires de mouvement, ou des témoins d’un combat silencieux pour s’extraire du cadre.

La quête d’un équilibre fragile se dessine. Un équilibre inconfortable, mais nécessaire. Une exploration visuelle où l’instinct et la volonté s’associent pour dépasser les limites imposées.

Photographie contemporaine d’une danseuse dans une ruelle urbaine étroite, jouant avec les lignes architecturales et la perspective

Poésie Urbaine

Novembre 2024, Nantes

Albane Baleste

L’urbanisme est un acteur important dans mes photos. De fil en aiguille, les structures de la ville ont pris plus de place dans mes compositions. Photographier des gens est une chose, les incorporer dans un environnement apporte de la consistance et du contexte. On parle souvent de mégalopoles comme des personnes à part entière. Que serait Batman sans Gotham ? On dit que New York vit, qu’elle a une âme et sa personnalité propre. La cité est le pendant de l’Homme, son enfant, son parent protecteur et cet étranger inquiétant. Par cette photo, j’ai voulu mettre en avant la poésie de présence d’une danseuse dans un ensemble brut et oppressant. Albane est la touche de légèreté et d’humanité qui s’insère et qui s’oppose à l’étouffante pression de cette ville qui englouti.

Confort illusoire

Photographie conceptuelle d’une femme allongée dans une baignoire en extérieur sous un pont urbain, explorant le contraste entre confort et environnement brut

Lucile Meunier

Mai 2025, Nantes

Au creux de sa baignoire, Lucile ne trouve pas de repos.

Etiré dans une pose d'abandon, son corps contraste avec l'environnement qui l'enserre : arches massives, béton marqué, lignes implacables. Le mobilier intime est devenu objet déplacé, étranger, presque ridicule, au milieu de cet espace urbain dur.

Tout ici parle de rupture : rupture entre l'intérieur et l'extérieur, entre l'attente de confort et l'impossibilité d'y accéder. Le visage tourné vers vous interroge sans poser de question, suggérant une lassitude ou un abandon qui ne trouve pas sa place. La lumière, presque dramatique, souligne les volumes, accentue les tensions, amplifie le sentiment d'inconfort latent.

La photographie devient alors un tableau d'ambivalence: la baignoire, symbole de détente, devient cercueil d'immobilité. L'espace, qui devrait offrir du volume, écrase par sa monumentalité. On assiste non pas à une scène de repos, mais à une performance silencieuse où le corps tente de s'ancrer, de s'affirmer, malgré l'étrangeté de tout ce qui l'entoure.

C'est là que réside l'équilibre inconfortable : dans ce fragile entre-deux où l'humain s'installe, provisoire, au milieu de structures qui ne l'attendaient pas.

backstage séance

Photographie conceptuelle d’un corps contraint par un angle droit contre un mur, tenant un parapluie dans un espace restreint

Quatre-vingt dix

Septembre 2025

Elodie,Vendée

Voici plusieurs années que cette idée trottait dans un coin de ma tête.

L’idée du mur d’eau me fascine. Parce que c’est impossible. Les changements de perspective offrent une vue d’esprit étonnante. J’ai participé à un escape game récemment. Dans l’une des salles, une pièce de maison était reconstituée sur un angle de 40 degrés. L’oreille interne est perturbée, le cerveau affecté, la nausée prend progressivement la place.

Changez l’horizon et tout est bouleversé. Tout est à la même place mais sous un autre angle. Tout est pareil mais en différent.

Elodie est assise, mais rien ne repose vraiment.
La chaise est étroite, presque dérisoire, et perdue dans une étendue qui n’offre aucun point d’ancrage. Les pieds ne touchent rien, sinon l’eau — surface instable, fausse promesse de soutien.

Le corps se replie, se retient.
Le parapluie n’abrite pas : il pèse, il ferme l’espace.
Tout semble tenir par habitude, par concentration ou par refus de céder.

L’équilibre ici n’est ni naturel ni confortable.
C’est une suspension.
Un accord précaire entre la chute possible et la volonté de rester.

vidéo de la séance

Photographie d’un corps entre ombre et lumière, explorant la dualité visuelle et la perception instable

Je suis l’ombre et l’éclat

Dans cette image, j’ai cherché à rompre avec les codes traditionnels du portrait en intégrant une dimension plus brute, presque viscérale. Laurine évolue dans un environnement froid, salissant et abrupt, contrastant avec l’archétype de la beauté qui lui est souvent associé. Cette dissonance visuelle renforce une dualité fascinante, à l’instar de cette fragile fleur qui se développe dans une fissure d'asphalte.

Le pont de gymnastique qu’elle exécute agit comme une passerelle symbolique entre deux mondes : l’ordre et le chaos, l’élégance et la rudesse, l’exposition et l’effacement. Mais surtout, il interroge. Cette chevelure qui glisse vers le sol, ces jambes marquées par la matière, et surtout ces yeux, dissimulés mais bien présents, qui observent en silence. Qui juge qui ? Qui questionne qui ?

L’image s’offre alors comme un miroir où chacun projette sa propre lecture.

Octobre 2024, Nantes

Laurine Blineau
Second shooter : Sébastien Vendé

Apesanteur

Photographie d’un corps en suspension dans l’eau sur fond sombre, évoquant l’apesanteur et la perte de gravité

Mélina, janvier 2026, Nantes

Ici, le corps n’est plus tout à fait soumis. Il flotte entre deux états, comme retenu par une force invisible.

Les repères habituels s’effacent : le sol n’est plus une certitude, le cadre ne protège plus, le regard se détourne.
Il ne s’agit pas de tomber, mais de rester là, dans cet instant fragile où rien ne pèse encore.

L’équilibre n’est plus une tension.
Il devient une suspension.

Ce moment où chacun doute, quand toute certitude s’envole.

making of

Photographie d’un corps en suspension dans l’eau sur fond sombre, évoquant l’apesanteur et la perte de gravité

Entre deux mondes

Mai 2025

photographie d'une femme qui se tient dans l'encadreur d'une porte posée dans la mer. Elle a le visage dans un livre de Lee Miller

Anne, plage de Batz-sur-Mer

Une porte plantée là où elle ne devrait pas être.
Pas vraiment ouverte, ni vraiment fermée.

Anne cherche un appui, compose avec l’instabilité : l’eau monte, le sol disparaît, le cadre ne protège plus. Ici, l’équilibre n’est pas une position confortable. C’est un effort discret, presque invisible, pour rester debout quand les repères se dérobent.

Parmi les photographes que j’admire: Lee Miller et Man Ray.

Pour cette photo, j’ai voulu, à mon humble niveau, m’inspirer de leur univers. Le livre que vous voyez posé sur le visage d’Anne n’est autre qu’un recueil de photos de Lee Miller. Sur la couverture de ce livre, une image marquante : un espace fermé, qu’une moustiquaire déchirée ouvre vers l’immensité d’un désert. Cette idée de passage, de seuil, de transformation intérieure m’a impacté. En soit, la photo n’est pas « belle », cependant ce qu’elle inspire la dépasse totalement.

J’ai voulu retranscrire ce moment d’évasion, suspendu entre deux mondes.
La porte plantée au milieu des flots, symbole d’un ailleurs accessible à qui ose s’y perdre. Le livre, posé comme un masque, un refuge, une ouverture vers des imaginaires lointains. Le corps, fragile et fort à la fois, pris entre le tumulte des vagues et le calme du ciel.

derrière cette photo

Photographie d’un visage séparé par une ligne lumineuse, évoquant un passage entre deux espaces ou réalités

Seuil

Zora, avril 2026, Mauves-sur-Loire

Un même visage, deux univers.
La ligne est nette, arbitraire et elle impose sa loi.

D’un côté, un espace maîtrisé, contrôlé, où tout -semble- figé. De l’autre, un territoire plus instable, mouvant, où les repères se diluent.
Zora circule entre les deux sans appartenir pleinement à l’un ou à l’autre.

L’équilibre ne consiste pas à choisir. Il tient dans la capacité à rester là, au point de friction où les mondes se croisent sans se comprendre.

Rester immobile n’est pas une option.
Chaque jour impose ses déplacements, ses ajustements, ses compromis. Il faut apprendre à évoluer dans des espaces changeants, parfois complexes,
parfois inhospitaliers,
parfois, brièvement, rassurants.

A vous qui me regardez, posez-vous la bonne question.

À quel moment ai-je accepté de m’adapter à des espaces qui ne me ressemblent pas ?

Le Gouffre

Martine, Piscine de Bretigny, Rennes

Avril 2025

Photographie contemporaine d’une femme sur le plongeoir d'une piscine , évoquant le vide, la convalescence et son nouveau départ

Assise à l’extrémité, suspendue entre deux mondes.

Derrière elle, l’eau lisse et profonde. Un gouffre incertain, un précipice sans fond. Au-dessus, un ciel de béton, écrasant. L’horizon tangue. L’instant est figé mais tout dans cette posture parle de mouvement.

L’élan qui précède la chute.

L’hésitation avant le saut.

Le corps de Martine porte les traces d’un combat. Une cicatrice, discrète, irrévocable, raconte l’épreuve traversée. Elle la dissimule sans la cacher, elle l’accueille sans s’y abandonner. Son regard, son sourire, son silence, ne trahissent rien d’autre qu’une vérité personnelle : celle d’un corps qui appartient encore à la vie.

Le plongeoir devient un seuil. Un lieu de passage où l’ombre de la maladie s’efface peu à peu, où le vide n’est plus seulement une menace mais une possibilité. Car au bord du gouffre, il y a aussi l’envol.

Photographie contemporaine d’un corps installé dans un fauteuil au bord de la mer, confronté aux vagues et à un équilibre instable

Confort précaire

Charlotte, juin 2025

Plage de Monsieur Hulot

Comme si le lieu pouvait encore tenir sa promesse…

Oui Charlotte, ton fauteuil est confortable. Tu t’y sens bien. T’y réfugier délimite ta bulle, ta stabilité, tes habitudes.

Seulement rien ici n’est fait pour durer : l’eau monte, le sol se dérobe, l’assise s’enfonce lentement.

Ce n’est pas une lutte. C’est une décision silencieuse : rester, malgré tout.
Faire comme si l’équilibre existait encore jusqu’au moment où il n’y aura plus d’illusion possible.

Parfois nos choix de vie sont à cette image. Persister, s’accrocher face à l’inexorable fatalité d’une situation inextricable.

La réalité submergera quiconque restera immobile dans un monde en mouvement.

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Photographie d’un corps en mouvement dans un jeu de lumière, évoquant la respiration entre tension et relâchement

Alice LABAT

Breathe

Février 2024

Une fois projeté dans l’espace, ces légères particules de farine se métamorphosent en un véritable pinceau d'air, sculptant des formes éphémères et imprévisibles. Chaque mouvement devient une rencontre entre la matière et le vide.

La danse est un art de la liberté, et ici, cette liberté s’exprime dans sa dimension la plus organique. Chaque saut, chaque torsion dessinent des lignes dans l’espace, tel un dialogue silencieux avec la lumière. Ce qui semble immatériel et diffus dans la vie ordinaire devient un témoin palpable de l’énergie et de la grâce.

L’image interpelle par sa nature ambiguë. À la première observation, une confusion s’installe. Sommes-nous dans l’eau, face à un mouvement aquatique figé dans sa fluidité ? L’image a-t-elle été retournée, inversée pour créer cet effet de suspension irréelle ?

Alice, au cœur de cette chorégraphie suspendue, semble flotter hors du temps. Son corps s’arque en quête d’un élan vital, tandis que la farine, projetée comme une aura autour d’elle, matérialise l'invisible force de sa respiration, de son énergie. Elle n’est plus contrainte par la gravité. Elle s’élève, elle s’extrait du cadre et nous invite à ressentir, au-delà de l’image, cet instant de liberté pure.

Ici l'air devient tangible, le temps se fragmente et le mouvement devient une poésie silencieuse.

Le souffle se fait visible, et Alice respire enfin.

Dans le silence figé du musée, une figure ailée s’élève, vacille. Son pied nu cherche l’appui sur un socle trop net, trop plein, trop stable pour une présence instable. Elle n’est ni tout à fait statue, ni pleinement vivante. Autour d’elle, les récits sculptés observent sans vie ; les drapés de pierre tombent sans faille, les gestes figés depuis des siècles miment la grandeur. Cléliaa respire. Mais c’est un souffle contenu, un corps tendu, une silhouette en déséquilibre. Son costume d’ange dramatique, presque théâtral, dialogue avec les marbres immobiles : elle les défie autant qu’elle les prolonge.

Placée où elle n’aurait jamais dû être, elle fait irruption dans l’ordre du musée, trouble la chronologie, déstabilise le regard.

Photographie contemporaine d’un corps intégré à une composition organique, explorant la relation entre nature et présence humaine

Nature vivante

Cléliaa, Musée d’Arts d’Angers, mai-25

Derrière elle, le tumulte glorieux des héros antiques s’élève dans un élan vertical ; elle, placée devant, oppose la douceur d’un désaccord muet. Dans cet espace conçu pour l’intemporel, sa présence rappelle l’instant.

Elle est à la fois apparition et résistance, figure anachronique entre chute et ascension, entre mythe et mascarade, entre éternité figée et fragilité humaine. Elle est l’ange de rien. Mais elle est là.

Et dans ce face-à-face muet entre les gisants de pierre et la chair mouvante, entre la nature morte de l’histoire et la muse vivante du présent, quelque chose se fissure : le musée cesse d’être un lieu de conservation pour devenir, l’espace d’un instant, un lieu de collision. Où le passé ne domine plus. Il écoute.

Et vous qui me regardez, où vous inscrivez vous ?

Pardon, je reformule : Quand vous inscrivez vous ?

making of

Dernier Refrain

Martine, avril 2026, La Montagne

Photographie contemporaine d’une femme assise sur des coussins colorés en extérieur, capturant une posture entre détente et attente

On a appris à aimer ce qui protège. On a appris à multiplier les couches, les filtres, les emballages. On a appris à rendre tout plus propre, plus sûr, plus maîtrisé. Chez soi, ça ne se voit presque pas. Ça disparaît vite, dans des sacs fermés, des gestes répétés.
Trois poubelles par jour, peut-être plus.
On ne compte plus vraiment.

On appelle ça du confort.

Ici, tout est resté.
Les couleurs, les volumes, l’accumulation.
Ce qui déborde d’habitude tient enfin en face.
Comme si le corps devait apprendre à cohabiter avec ce qu’il produit.
À trouver une place dans ce trop-plein devenu normal.

Rien n’est sale, et pourtant tout déborde.
Rien ne menace directement, et pourtant c’est inéluctable.

On a voulu se protéger de tout.
Même du vivant.

Alors on a entassé, enfermé, éloigné.
Jusqu’à ne plus savoir où ça commence, ni où ça finit.

Et dans ce décor,
il reste juste un équilibre fragile.
Quelque chose qui tient encore,
mais pour combien de temps ?

Exposition de cette série à venir – Octobre 2026, France

Qui suis-je ?

Photographe nantais, je m’intéresse aux tensions invisibles qui traversent nos espaces et nos gestes. Mon travail explore ces instants où l’équilibre vacille et révèle des histoires silencieuses.

Dans Les équilibres inconfortables, je cherche à capter ces moments où le regard s’attarde sur ce qui n’est pas immédiatement donné à voir. Je m’efforce de créer des images qui invitent à la réflexion, mais qui conservent une part de mystère et de liberté pour le spectateur.

Je cherche avant tout à réaliser de belles images. Je réfléchis assez peu à ce que la photographie raconte : je la fais, puis je la laisse parler. Je photographie d’abord pour moi.

J’exerce la photographie à titre professionnel depuis 13 ans après avoir débuté par une discipline exigeante et profondément formatrice, la photographie de naissance.

On me qualifie de photographe urbain, je me considère plutôt portraitiste. Peu importe l’appellation pourvu qu’il y ait des gens. Ma pratique de la photo est avant tout portée vers mon prochain. En tout cas, elle l’intègre. Je suis assez peu attiré par la photographie contemplative. J’aime structurer mes prises de vues. Les paysages et animaux sont beaux, mais si vous n’êtes pas dans le cadre, je passerai probablement mon chemin.

A coté

Mêmes exigences, contextes différents

En parallèle de mon travail personnel, je développe une pratique photographique plus ancrée dans le quotidien, portée par des commandes et des rencontres. Portraits, mode, univers variés, mais toujours la même attention portée aux personnes et à leur présence dans l’image.

Ces images répondent à des attentes plus définies, tout en préservant ce qui guide mon approche : le regard, la précision et une forme de simplicité.

Elles constituent un autre champ d’expression — plus direct, mais tout aussi essentiel dans mon parcours.

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© 2026 François MOUGEL