Blur&Modesty

François Mougel

avril 2014

modèle n. m. personne qui pose pour un photographe, un peintre, un sculpteur, etc.

Etre modèle et poser devant l’objectif d’un photographe est une expérience.

Il y a les modèles professionnels, rodés aux exigences diverses et il y a les autres, ceux qui posent pour les copains, ceux qui posent pour des inconnus, ceux qui le font contre un service, contre quelques photos ou contre un billet.


Il y a les femmes qui pensent ne pas savoir poser, ne pas pouvoir poser, avoir quelques kilos en trop, être trop petites, ne pas s’estimer suffisamment jolie.


Il y a celles qui n’osent pas.

Celles qui ont peur du regard des autres.

Celles qui aimeraient mais… les autres.

La pudeur.

Caroline, 32 ans

« Se dévoiler sans se montrer »

Il s’agit d’une série de 15 photo sur ce thème délicat qu’est la pudeur, série déclinée à travers 15 modèles différents.

La pudeur est étroitement liée à la nudité. Généralement, je n’aime pas trop le nu. Parfois vulgaire, souvent explicite, inutile, voyeurisme mal placé, parfois.

Cependant, bien travaillé le nu est beau.

Il est question ici d’une composition qui met en avant le corps de femmes se dévoilant entièrement, mais suffisamment peu pour rester anonymes.


La pudeur par l’anonymat, l’anonymat par le flou. Le flou et la pudeur: Blur&modesty, le titre de cette série.

«J’appréhendais un peu. Je ne savais pas où j’allais. Une fois derrière cette vitre, je suis libertine, je l’ai fait, le regard fixe et sans regret, je suis libre!» Andrea, 20ans

J’ai l’habitude de travailler avec des modèles réduits, des enfants.

Ce n’est pas toujours simple. On ne les dirige pas, on subit leur humeur. Il faut être patient. Mais en ce qui concerne des modèles adultes, féminins, que je ne connais pas et qui vont se dévêtir le temps d’une séance… voilà bien une grande première pour moi.


Première difficulté, il allait falloir trouver des volontaires. Par où commencer? Comment susciter de l’intérêt? Comment se démarquer des voyeurs et obsédés trainant sur la toile? Beaucoup d’interrogations au lancement de ce projet.

Une volonté cependant: celle de se représenter une population hétérogène. Que ce soit en âge, origine ou couleur de cheveux, il fallait que l’échantillon soit varié.

Après avoir mis en ligne 2 ou 3 annonces détaillant ce travail, de nombreuses personnes se sont spontanément proposées. J’ai trouvé très interessant d’écouter les raisons de chacune d’entre-elles. Il y a eu des échanges très intimes avec mes modèles. Je ne soupçonnais pas que cette série allait devenir une véritable aventure humaine.

«J’ai 45 ans et quelques difficultés à accepter les marques de l’âge, qui avance et qui nous abîme un peu. Poser ici représente une occasion nouvelle dans ma démarche d’acceptation de soi» Nathalie, 45 ans

A me relire, je souris un peu d’avoir employé les termes «véritable aventure humaine». Ce fut surtout une bonne expérience de vie, et un bon en avant dans mon évolution photographique.


Ces séances se sont déroulées très rapidement. Sachant où je voulais en venir, le temps de pose n’excédait pas 10 minutes. Clic-clac, c’est dans la boite. Du «speed-shooting». Le plus long dans cette histoire résidait dans le montage et le démontage du matériel: un peu de lumière, un fond, une vitre, s’adapter à l’exiguïté d’une chambre d’étudiante, faire abstraction des enfants…

La plupart des personnes rencontrées n’avaient jamais posé. Chacune l’a fait pour une raison très personnelle, beaucoup se sont fait violence. En écrivant ces lignes, je repense à Annabella, maman de 3 enfants qui assume difficilement son corps de quadragénaire malgré ses 16 opérations chirurgicales. Annabella pose régulièrement, principalement nue, parfois en petite tenue. Je pense que ces séances photo lui sont thérapeutiques. Tout naïf que je suis, j’ai découvert un monde.

Blur&modesty


L’enthousiasme autour de ma démarche et la sympathie des personnes rencontrées ont été très motivants. De même que les retours des femmes ayant participé. J’étais gêné que les modèles me remercient. J’avais l’impression que les rôles étaient inversés: c’était à moi de les remercier pour m’avoir prêté leurs corps le temps d’un instant.


Pour celles qui prendront le temps de passer sur cette page: Merci encore!

Désolé pour les sollicitations que j’ai refusées.


Enfin, puisqu’il est de bon ton de terminer par une citation, je mentionnerai Pierre-Jean Vaillard:

«La pudeur n’est le plus souvent qu’une question d’éclairage»

avril 2014

Je suis photographe professionnel, basé à Nantes.


Je recherche activement (et désespérément) des volontaires pour une série de portraits sur la thématique de l’homosexualité senior. Aucune nudité cette fois-ci, focus sur une embrassade amoureuse, sur l’amour de couples insuffisamment mis en valeur dans l’actu photo.